Faire connaître et cultiver la mémoire historique de la Libération de Paris en 1944, commencée le 19 juillet 1936 en Espagne, continuée sur différents fronts en Europe et en Afrique ou dans les maquis en France et qui se prolongea dans le combat contre le franquisme.


 
 
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Ce lundi 31 mai2021, José tu as raccroché tes outils, le galop de tes animaux s’est figé à tout jamais dans ton atelier étable. On n’entendra plus rugir le moineau sous la chaleur de ton chalumeau ni gazouiller le cheval ou l’antilope sous le marteau qui les façonne.

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Pourtant ils seront là toujours présents, troupeau amical de la nature, toujours en mouvement prêts à bondir de leur cachette au moindre besoin. Ils resteront là aux aguets comme tu es là leur créateur, leur ami, toujours à nos côtés. Tu es dessin, tu es métal, tu es mouvement et tu continues à insuffler en nous la force d’avancer sur le chemin de l’existence.

Ta sensibilité d’artiste mêlée à ton engagement politique aux côtés de ceux qui défendent la Liberté et la justice n’ont jamais fait défaut tout au long de ton existence et de ton exil. Tu créais pour l’avenir, et tu nous laisses la force tranquille et résolue de tes animaux pour transmettre tes convictions mais aussi ta force de vie, ta joie et ton humour.
Pour nous enfants d’exilés libertaires espagnols c’est une grande perte.

Né dans la province de Lléida, (Catalogne) le 20 novembre 1925, d’un père instituteur déclaré laïc, José a connu déjà la répression sous la seconde république, en Espagne. 1932/1933, les autorités ont envoyé la Garde d’Assaut fermé l’école libertaire que son père avait ouverte. Ce qui n’empêcha pas que José sache lire dès l’âge de 6 ans.
Il se souvient parfaitement de la proclamation de la seconde république le 14 avril 1931, il revoit très nettement les tramways bondés de monde et les gens brandissant le drapeau républicain. L’allégresse de ce jour lui a laissé au cœur le goût des autres. Et l’école libertaire fondée par son père a été pour lui la formation de son idéal politique.
En juillet 1936, lié par sa famille, au mouvement révolutionnaire, il connait les collectivités à MasRoig, province de Tarragone, puis à Valls jusqu’à la Retirada.

À la frontière, séparé de son père, il est acheminé vers Rennes en Bretagne, avec sa maman et ses sœurs. Là il a pu mesurer l’hospitalité légendaire des autorités françaises, puisqu’elles ont tenté de faire signer les femmes pour accepter de rentrer en Espagne et devant le refus, les gardes mobiles sont intervenus pour les expulser du camp manu militari. Puis il a connu les plaisirs de la plage, en plein hiver, dans une baraque, séparé de sa mère et de ses sœurs. Il essaie toutes les plages du Roussillon. Il lui a fallu grandir et apprendre très vite : Son père tué à Hartheim, (kommando de Mauthausen) et sa mère affaiblie par la maladie… Alors en juin 1941, c’est le retour en Espagne !
Barcelone les « délivre » des camps et c’est là qu’il va embrasser les sculptures de métal, par le voisin artiste qui va développer son art et faire de José un orfèvre créatif. Le gout du beau, de la pièce unique et ciselée comme peut l’être chaque individu sur terre, c’est José !
Après une fâcherie politique avec ce patron démocrate bourgeois, retour clandestin en France en juin 1947. José renoue avec le milieu libertaire pour y vivre ses propres convictions.
En France, il milite contre le franquisme, et effectue des allers et retours en Espagne pour y passer du matériel révolutionnaire jusqu’à la mort du dictateur, ce sera son lot : de la propagande, des armes, de l’argent pour les avocats pour aider les détenus… Cet argent, ils sont allés le chercher là où il était, puisqu’aucun d’entre eux n’en avait et qu’il était dans les banques, c’est là qu’ils l’ont pris !

il y eut des épreuves très difficiles et beaucoup de copains sont tombés. Mais ils savaient aussi se protéger, un compagnon espagnol leur avait trouvé un lieu où se réfugier et dormir pour récupérer en toute tranquillité. Ils étaient sûrs d’y être en sécurité la police n’y viendrait pas : C’était une maison de passe de la « compagnie de Jésus ».

Les contacts avec la population par contre étaient difficiles à cause de la peur ambiante due à la répression sanguinaire du régime.

La clandestinité le confronta à un grand danger : ceux qui racontent, qui se pensent malins et parlent trop ! Un vrai danger parce qu’incontrôlable et imprévisible. José diras : La clandestinité est plus dangereuse par ses biais, et relations que par l’adversaire car lui tu le connais, tu sais comment il peut frapper.

La confiance est primordiale dans cette situation, cette confiance qu’il partagea souvent avec les frères Sabaté et bien d’autres encore.

De son métier, il en fit un art, apprécié de beaucoup. Du coup, idéal social et dextérité manuelle ne firent qu’un qui s’accomplit tout au long de son parcours entre création artistique et actions militantes souvent dangereuses contre le franquisme. Mais toujours avec humilité, simplicité et discrétion !

Le 5 novembre 2019 José fut l’invité d’honneur de notre exposition "Quand l’art devient Histoire" à l’Institut Cervantes de Paris. Exposition qui a réuni une trentaine d’artistes de toutes les générations autour de "la fabuleuse histoire des Républicains espagnols"

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Comme le revolver fut le compagnon du clandestin, le marteau sur la planche de métal fut la forme principale du travail du sculpteur.

Merci José d’avoir vécu ton engagement pour notre liberté et d’avoir transcrit le monde en mouvement par ton art. Nous n’oublierons pas ton rire et ton amour de l’autre, nous les transmettrons aux générations futures.