Faire connaître et cultiver la mémoire historique de la Libération de Paris en 1944, commencée le 19 juillet 1936 en Espagne, continuée sur différents fronts en Europe et en Afrique ou dans les maquis en France et qui se prolongea dans le combat contre le franquisme.


 
 
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© Philippe Gaussot
Voici ce que nous envoie Kiko depuis Madrid le 23 janvier 2020 :
J’ai reçu ce matin un incroyable mail de Javier Vacas du département de Mémoire historique. Grâce au très beau papier sur l’expo de l’exil que Sam Jones écrivit dans le Guardian, Josette Sanchez-Reynolds, fille d’un capitaine de l’armée républicaine espagnole, est venue depuis le Pays de Galles où elle habite jusqu’à Madrid pour voir l’expo. Son émotion était grande en voyant les différents documents et des parcours similaires à ceux de ses deux parents qui durent fuir les atrocités du franquisme pour être séparés à la frontière, atterrir dans les camps français puis se retrouver en pleine guerre mondiale. Mais quelle fut sa surprise quand, à la fin de sa visite, en regardant les larmes aux yeux les photos de Philippe Gaussot, elle reconnut son père dans une des photos !

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Voici l’incroyable histoire de Josette Sanchez-Reynolds qui a trouvé son père entre les réfugiés de cette photo. Elle est allé à Madrid après avoir lu l’article de Sam Jones dans The Guardian :

https://www.theguardian.com/world/2...

L’aimable Jean-Philippe Gaussot lui a envoyé un bon scan de la photo.
Besos,
Kiko

Josette Sanchez- Reynolds décline elle-même son identité cosmopolite :
Josette = because I was born in France
Sanchez = because of my Dad (my mother’s name was Martinez Gorostizaga Iruretagoyena... a mouth full if ever) était un officier de l’armée de la République espagnole , exilé en 1939.
Reynolds = because I married a Brit
Elle habite le Pays de Galles et elle lit The Guardian, elle tombe sur l’article de Sam qui parle de manière élogieuse de cette fabuleuse exposition qui se trouve à La Arquería de Nuevos Ministerios, à Madrid.
Exposition sur l’exil des Républicains espagnols. Elle écrit pour savoir si l’expo vaut le déplacement et Sam lui répond qu’il faut absolument la voir. Elle prend son billet et s’envole pour Madrid aussitôt.

Là ce fut un choc surréaliste :
Josette qui se fond dans la foule pour regarder, photos après photos, ce que fut l’épopée de ces combattants de la liberté qui comme son père, ont été contraints de tout abandonner et de fuir une mort annoncée par le dictateur. Elle regarde et elle imagine ce peuple en marche, elle pense à son père qui a parcouru le même trajet…

Tout à coup son regard accroche une photo : Un homme la regarde, il est un peu caché mais elle reconnaitrait ces yeux parmi des milliers : Ce sont ceux de son père ! Son père assis avec une multitude d’autres hommes à l’arrière d’un camion-benne c’est le seul à porter une casquette d’officier. Il est parmi d’autres compagnons et regarde l’objectif ami de Philippe Gaussot, au moment où ce dernier appuie sur le déclencheur.
Josette n’en croit pas ses yeux, elle insiste, elle scrute ce visage, à peine dévoilé mais il n’y a pas de doute, son cœur l’a reconnu bien avant ses yeux et sa raison. Elle vacille, elle balbutie, elle rit, elle pleure… Elle pense à Sam le journaliste. Ils ne se connaissent pas mais tout à coup, elle est persuadée qu’il savait la surprise qui l’attendait. Elle pense à son père qui lui aussi à l’air de la reconnaître et de l’inviter à le suivre sur les chemins de l’exil.
Alors Josette se tourne vers Kiko. Et il va lui ouvrir les portes qui la mèneront au photographe, à son fils Jean-Philippe, et à notre association.

Quand on apprend, de part et d’autre, qui étaient ces pères tant aimés et respectés : Nous vous livrons ici quelques échanges de mails entre Josette et Jean-Philippe.

Le sam. 25 janv. 2020 à 17:29, Jean-Philippe Gaussot
Bonjour Josette,.
Je suis le fils de Philippe Gaussot.
Je suis très heureux que vous ayez reconnu votre père sur une des photos qu’il a prises. C’est avec grand plaisir que je vous envoie le scan dont je dispose.
Bien amicalement,
Jean-Philippe Gaussot

On Tuesday, January 28, 2020, 12:31:37 PM GMT, Josette Sanchez
Toutes mes excuses pour ne pas avoir répondu plus tôt a votre email mais le travail ne s’arrête pas parce que c’est le week-end et mon absence à Madrid pendant 4 jours il y a deux semaines a causé un tel retard que je ne peux répondre à votre très gentil courrier qu’aujourd’hui.
Merci beaucoup non seulement de m’avoir contacté mais également pour votre aide dans la recherche d’une copie de la photo de mon père. Vous êtes très généreux de m’en envoyer le scan. La chose étonnante et que j’ai du mal à assimiler est que votre père a vu le mien même si ce n’est qu’à travers l’objectif de son appareil photo. Imaginez .... ils étaient tous les deux au même endroit en même temps ! Ce sont les choses dont les films de science-fiction sont faits, ou les rêves.
Quand j’ai dit à Sam Jones que je pourrai peut-être voir une photo de mon père à l’exposition, tout au fond de moi-même je ne croyais vraiment pas que cela serait le cas.
Je vis des moments très émouvants depuis que j’ai vu la photo. Oui, vous avez raison, le scan effectué par Stéphane est plus lumineux et un peu plus clair. Merci Stéphane. Cependant, voici la réaction d’une de mes nièces (en France) lorsque je lui envoyais votre scan lui demandant "Vois-tu ton grand-père sur la photo" sans indiquer qui je pensais que ce soit :
"Il est au milieu avec la casquette. C’est tellement la photo que j’ai de lui en tenue avec cette casquette / képi ( je ne sais pas vraiment comment ça s’appelle). Mais je l’ai reconnu. C’est incroyable que tu l’aies vu parmi toutes ces photos. Il fallait en plus avoir le nez dessus parce qu’on ne le voit pas beaucoup.

Je suis certaine que la réaction des autres membres de ma famille en Espagne, Allemagne etc... sera la même.
Aujourd’hui est l’anniversaire du décès de mon père et la photo prise par le vôtre ajoute un sourire à notre journée.

Je joins un portrait que j’ai fait de mon père peu de temps après que je quittais la France en 1980. Il le trouvait "marrant" et le gardait en permanence dans son salon.
Merci encore mille fois pour votre geste si gentil.
Très amicalement.
Josette

Le mar. 28 janv. 2020 à 22:43, Josette Sanchez
Deuxième réaction, cette fois de ma nièce en Allemagne à qui j’ai envoyé votre scan (non marqué par mon cercle) :
"Bonsoir ma Tante,
Une chose extraordinaire et surtout incroyable de trouver une photo où il y a eu ton papa et mon grand-père :-)
Je ne crois pas me tromper mais je dirais que je l’ai reconnu à ses yeux... dans le 2ème rang, le 2ème en partant de la gauche.
Il porte une casquette et l’on ne voit que jusqu’a son nez.
En tout cas je te remercie pour ce souvenir »

Par votre geste généreux, vous rendez beaucoup de gens plus heureux ce soir.
Merci encore
Très amicalement.
Josette

Le mer. 29 janv. 2020 à 14:08, Jean-Philippe Gaussot :
Bonjour Josette.
Merci pour votre courriel. Je suis très heureux d’avoir apporté un peu de bonheur à votre famille, surtout en cette date anniversaire.
J’espère avoir le plaisir de communiquer à nouveau avec vous.
Le portrait que vous avez fait de votre père est "très sympa", bravo !
Très amicalement,
Jean-Philippe

On Thursday, January 30, 2020, 06:04:25 PM GMT, Jean-Philippe Gaussot
Merci Josette, pour ce beau témoignage et ces documents !
Mon père était à l’époque très impliqué dans le "bénévolat humanitaire". Pilier de la JEC (Jeunesse Etudiante Chrétienne), c’est sans doute par ce biais qu’il s’est retrouvé membre très actif du Comité National d’Aide aux Réfugiés. Par la suite, il est entré dans la Résistance, puis s’est installé à Chamonix pour raisons de santé mais aussi parce qu’il connaissait bien la région et adorait la montagne. Il est alors devenu journaliste au Dauphiné Libéré, jusqu’à sa mort en 1977.
Je raconte tout cela sur mon site :
www.gaussot.eu
et sur Wikipédia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Phili...
Très amicalement, Jean-Philippe

Le jeu. 30 janv. 2020 à 18:08, Josette Sanchez :
Bonjour Jean-Philippe,
Il s’appelait (Pedro) José "Pepe" Sanchez, né à Villamiel de Toledo en 1915.
Bien entendu la majorité de ses documents en Espagne furent détruits durant la guerre civile. Mais... j’ai un de ses certificats Français que je trouve poignant aussi je vous en envoie une copie. Je vous joins également copie d’une photo quand il était jeune pour comparer avec celle prise par votre père, le regard n’a pas changé ni le nez droit, ni les sourcils "broussailleux" :-)
Comme dit mon époux lorsque je lui montrais la photo prise par votre père "comptez sur une fille pour reconnaître son père" et maintenant deux de ses nièces.

Connaissant mon père il serait gêné par l’attention qu’il reçoit ces derniers temps. Cependant je suis et j’ai toujours été fière de ses réalisations, de sa vie et de sa moralité. Ce n’est qu’après avoir finalement grandi, c’est-à-dire être devenue plus ou moins un être humain après avoir traversé l’adolescence, que j’ai compris quel exemple moral continu d’intégrité, honnêteté et fidélité, il a essayé de transmettre à sa (ses) fille (s). La vie m’a donné, ainsi qu’à ma famille, un "dessert" que nous n’apprécions peut-être pas tous.
Je suis rassurée de savoir que bien avant sa mort, il savait à quel point je le respectais et appréciais le type de personne qu’il était devenu.

Comment votre père s’est-il retrouvé en France / Espagne en 1939 ? Était-il photographe professionnel ? journaliste ? soldat ? Que faisait-il là-bas et qu’a-t-il fait le reste de sa vie ? L’expérience de la guerre l’a-t-il marqué ? et que lui est-il arrivé pendant la Seconde Guerre mondiale ?

Une nouvelle fois je tiens à vous remercier pour votre aimable geste.
Très amicalement,
Josette

lundi 3 février 2020 à 13:21, Josette Sanchez
Merci Jean-Philippe pour les liens internet sur la vie de votre père.

Absolument fascinant et quel homme ! Ça a dû être difficile pour vous de le perdre en ’77, vous aviez encore la majeure partie de votre vie à vivre mais sans lui malheureusement. J’ai eu la chance que mon père ait vécu jusqu’à ses 87 ans, ma famille et moi avons eu largement le temps de l’apprécier. Ma mère est décédée en 2009 seulement 7 ans après mon père. Ils ont tous deux eu une vie très intéressante, un peu comme votre père, (…).

Ce week-end, mes cousins de Madrid (nièces de mon père et 3 de leurs enfants) ont répondu à ma question concernant la photo de mon père. Ils l’ont tous reconnu sans le cercle autour de sa tête que j’ai dessiné pour vous montrer qui était mon père. Ma cousine de Bilbao (nièce de ma mère) n’a pas pu le reconnaître, mais elle ne l’a vu que quelques mois en tout au fil des années, ce n’est donc pas trop surprenant. J’attends toujours la réponse de sa sœur en Argentine car elle a vécu avec mes parents plus souvent pendant les vacances d’été.

Donc à ce jour (mis-à-part moi même) ses deux petites-filles, ses deux nièces et trois de leurs enfants avons reconnu mon père sur la photo prise par le vôtre.

Vous avez bien raison d’être fier de votre père :

Merci encore pour partager.
Bien amicalement
Josette

Réponse de Jean-Philippe le 3 février :
Grand merci Josette, pour votre hommage à mon père et pour vos anecdotes.
Le décès prématuré de mon père fut une grande perte pour sa famille, mais aussi, je crois, pour la communauté chamoniarde (et au-delà) ; il aurait voulu et pu faire encore beaucoup pour elle ! Il serait heureux de voir que nous pensons à lui et lui rendons hommage avec ces écrits et ces expositions.
On garde le contact !
Bien amicalement, ainsi qu’à votre famille,
Jean-Philippe

Si vous avez l’occasion d’aller à Madrid avant la fin février allez visiter cette exposition elle est pleine de surprise et de vérité ! à La Arquería de Nuevos Ministerios,
Voici en prime un dossier de presse sur elle.