Faire connaître et cultiver la mémoire historique de la Libération de Paris en 1944, commencée le 19 juillet 1936 en Espagne, continuée sur différents fronts en Europe et en Afrique ou dans les maquis en France et qui se prolongea dans le combat contre le franquisme.


 
 
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"Je sus né dans le cœur historique de Barcelone, en 1920. Mon père était cordonnier ; il confectionnait des chaussures sur mesure pour des noces, des communions et des fêtes..."
Quand j’ai été appelé au régiment – classe du « biberon » – et que je suis parti à la guerre, le fait d’être allé à l’école m’a été utile. Parce que je savais lire et écrire, on m’a tout de suite nommé caporal
« Mobilisé en avril 1937, j’ai commencé la guerre avec l’offensive de Balaguer, qui a été un échec parce qu’on n’avait pas de moyens et qu’il est clair qu’on ne pouvait se battre avec un balai contre un canon. Malheureusement, ça a toujours été comme ça dans le camp républicain. Dans de nombreuses batailles, on a combattu en jetant des pierres et des grenades.
« J’ai participé à toute la bataille de l’Èbre et au remplacement des internationaux [brigades internationales] à Tortosa, quand on les a retirés. J’ai vu beaucoup de morts, beaucoup de blessés graves, quelques-uns sans jambes ou sans bras. C’était très dur de ne pouvoir rien faire pour eux...
« Le front a été enfoncé en décembre [1938], après Noël ; et, de Tortosa, on est partis vers l’Ampurdán. Là, on a commencé la retraite, à pied. On est passés par Berga, Olot, Figueres, et on est arrivés à la frontière de Prats-de-Mollo le dimanche 12 février 1939, vers cinq heures de l’après-midi. On était cinq amis de la même division, avec des mules et un cheval. Il faisait encore jour. L’aviation franquiste bombardait près de Ripoll, à quelque trois kilomètres.
« Avant de franchir la frontière, on nous a tous désarmés. J’avais un « naranjero » [fusil-mitrailleur] ; plutôt que le donner, j’ai préféré le briser et jeter les morceaux dans le fossé. Ensuite, on a passé la frontière avec le général Hernández à notre tête, son état-major et un groupe de musiciens. On était une soixantaine de militaires. On est entrés, en formation, avec les musiciens jouant l’Himno de Riego [hymne de la République espagnole]. J’avais 18 ans. [...] »