Faire connaître et cultiver la mémoire historique de la Libération de Paris en 1944, commencée le 19 juillet 1936 en Espagne, continuée sur différents fronts en Europe et en Afrique ou dans les maquis en France et qui se prolongea dans le combat contre le franquisme.


 
 
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Catalina Silva Cruz est morte à Montauban, France. Article de José Luis Gutiérrez Molina/ 11- 08- 2017 paru sur le site Todos… los nombres. Traduit par Juan Chica-Ventura.

• Le onze août, décède dans sa maison de Montauban, Catalina Silva Cruz. Elle avait 100 ans et un peu plus de huit mois. Avec elle disparaît le dernier témoin du massacre de « Casas Viejas » [1].

Heureusement elle nous a laissé son histoire dans une entrevue de plusieurs heures « brutes » qui aurait dû être considérée à titre de Bien d’Intérêt Culturel, ce qui n’a jamais été réalisé malgré les nombreuses promesses faites en 2009.
Catalina Silva Cruz a toujours été une combattante :
• Avant janvier 1933, dans le groupe anarchiste féminin Amor y armonía (Amour et Harmonie), auquel elle appartenait avec sa sœur Maria et de son amie Manolita Lago.
• Lors des événements (de janvier 1933), pour avoir osé aller jusqu’à la chaumière pendant qu’elle était assiégée.
• Ensuite en 1936, lors du coup d’État, elle aidera des voisins à fuir de Paterna, s’enfuira, elle-même, après l’assassinat de sa sœur.
• Courageuse et battante lors de sa fuite jusqu’à la frontière française et même lorsqu’elle fut traquée dans ce pays voisin par l’occupation nazie et la méfiance des autorités « fantoches », envers les milliers d’anarcho-syndicalistes réfugiés dans le sud du pays.

Même dans les pires moments, selon ses dires, jamais elle n’oubliera cette nuit hivernale de janvier 1933 lorsque, le soleil de l’espoir révolutionnaire fût remplacé par les flammes de la répression la plus impitoyable. Nuit après nuit, elle se rappelle ce qu’elle a vécu ; jusqu’à parvenir à ce siècle -ci lorsqu’elle sortit de l’anonymat dans lequel elle s’y était volontairement plongée.
Ce fût pendant la préparation du livre que j’écrivais sur Miguel Pérez Cordon, le compagnon de Maria Silva que j’eus la chance non seulement d’obtenir son témoignage mais aussi de nouer une amitié et de la tendresse avec elle, sa fille Estella et ses fils Augusto et Universo.

Catalina comme les autres membres de la famille Silva, n’a pas eu de chance avec le pays où elle est née, mais elle n’a jamais renoncé à sa nationalité même après avoir vécu en France pendant presque quatre vingt ans. Toute une vie !
Elle n’a pas eu de chance car elle a toujours vécu du côté des perdants, de ceux qui ont perdu en 1933, en 1936-39, dans l’exil, après la mort du dictateur quand elle a fait partie des oubliés, de ceux qui n’ont pas aimé ce qu’ils ont vu à leur retour lors de brefs voyages sur leur terre et village natal. Mais pour elle comme pour tant d’autres ce n’avait pas d’importance. Elle savait que tant cette société serait comme elle est, sa terre serait l’exil. Cela ne cessera d’être un rappel pour les puissants. Quels qu’ils soient, le pire qu’il puisse leur arriver c’est qu’il existe d’autres personnes conscientes et combattantes, comme elle (Catalina), pour qui plus ces personnes sont loin mieux c’est.
Cependant, je ne serais pas très original, l’histoire à ses ironies. Aujourd‘hui dans l’après-midi, lorsque les restes de Catalina seront déposés dans la tombe familiale du cimetière de Montauban, à peine une dizaine de mètres les séparent de ceux du dernier responsable politique, des assassinats de « Casas Viejas » : le nommé président du gouvernement de la République espagnole, Manuel Azaña, celui là-même qui sacrifia l’intérêt collectif du pays à l’intérêt particulier de celui qui détenait le pouvoir.

Catalina comme des dizaines de milliers d’Espagnols part sans savoir où sont les restes de sa sœur Maria, qui fut assassinée, cela fera dans quelques jours 81 ans. Elle part en silence sans faire de bruit comme elle a vécu. Pour elle malgré ses cent ans, le temps a passé bien trop rapidement aux rythmes d’une société et d’une administration, à tous les niveaux, dévolues aux nouveaux maitres du royaume d’Espagne.
Catalina que la terre te soit légère. Tu vivras toujours dans nos cœurs.

Notes

[1Dans la nuit du 10 au 11 janvier, des cénétistes prennent le poste de la Garde civile en faisant deux blessés et proclament le communisme libertaire. Mais les paysans ne sont en réalité maître de rien et une compagnie de garde d’assaut menée par le capitaine Manuel Rojas n’est pas très loin. Les militants ayant participé à l’insurrection fuient dans les champs environnants en voyant arriver une petit vingtaine de militaires. Huit personnes, dont le vieux Francisco Cruz Gutiérrez dit « Seisdedos » et ses fils se retranchent dans leur pauvre cabane. au petit matin et sur l’ordre de Rojas – arrivé au cours de la nuit – de mettre le feu à la cabane. Il n’y a aucun survivant. Au total, ce sont 19 hommes, 2 femmes et un enfant qui sont morts sous les balles du gouvernement républicain contre deux gardes civils et un garde d’assaut